L'incipit de ce premier test-match venteux n'a pas trahi le scénario écrit toute la semaine. A Toulouse où, paraît-il, même les mamies aiment la castagne, le Stadium a pu vérifier que la violence est bien le relais de l'âme springbok. Dix secondes ont suffi à Lionel Nallet pour s'assurer au plus près du double mètre de Bakkies Botha, de l'agressivité des champions du monde. Ces gars du Sud sont nés pour emporter avec leur masse démesurée les ambitions adverses. Mais pas celles de Français préparés durant huit jours à ce face à face. Il suffisait de s'attarder sur les orbites de Fabien Barcella et William Servat au terme de la Marseillaise pour mesurer le degré de motivation de nos Coqs. Oui, les Bleus ont bien mis les Boks sur le derrière pendant le premier quart d'heure. En dynamiteur des hostilités, Louis Picamoles s'est présenté auprès de Burger avant que Barcella ne désosse Matfield, sorti quelques minutes plus tard, K.-O.
Un pack conquérant
En transe, le pack du XV de France a résisté, mieux, a comprimé la mêlée springbok. Les Sud-Afs ont eux fidélisé leur culture de la chandelle, avec Fourie du Preez en éclairagiste des cieux toulousains. Ce jeu sud-africain, minimaliste, est au fil des minutes une redite sans saveur. Et que dire des interventions illicites de Botha sur les regroupements. Exemplaire dans le jeu au sol, Servat le malheureux a offert au bras de Smit, en fond d'alignement, le premier essai de la rencontre, comme pour mieux rappeler qu'avec ces gens-là, le réalisme est une façon d'être. Les visages blêmes, les Bleus se sont pourtant sublimés dans l'effort pour dissoudre lentement la défense des Boks. En bout de ligne, Vincent Clerc a ainsi réveillé les espoirs tricolores juste avant la pause (11-13). L'occupation française...
Les Springboks espéraient sans doute que leurs châtiments allaient épuiser le XV de France pour rejoindre leur fosse commune, où gisent Lions, Blacks et Wallabies. Le Sud'Af aime les côtés, surtout ceux des rucks. Et c'est bien ça qui a failli déboussoler la formation de Marc Lièvremont. En naufragés de l'île du Ramier, les Bleus ont été ranimés par la Marseillaise du Stadium. Sur quarante mètres (53e), le XV de France a joué, enchaîné avec Marty, crocheté avec les cannes de Clerc pour mourir si près de l'en-but. Les Bleus se sont battus pour ne pas avoir à s'excuser. Tous. Trinh-Duc, Heymans, Dusautoir bien sûr, les Tricolores se sont époumonés pour reprendre chaque Sud-Africain échappé dans l'intervalle.
Le staff tricolore avait minutieusement étudié sa tactique. Résister à l'engagement des Boks pour les déplacer avec le jeu au pied de Damien Traille et Cédric Heymans. Leur tactique a triomphé du pragmatisme sud-africain. Les Tricolores ont toujours relevé la tête en sortie de regroupement. Dans leur imaginaire naïf, les Boks ne s'attendaient certainement pas à une telle maturité dans le jeu français, à une telle agressivité sur quatre-vingt minutes. Et quand Sébastien Chabal découpe un Springbok en bord de touche (71e) pour annihiler sa relance, son plaquage s'imprime sur la rétine des spectateurs. Installés dans la moitié de terrain adverse, les Bleus ont essoufflé les Boks en enchaînant sans relâche. Comme un symbole, les Français triomphent sur la dernière mêlée. Triomphent tout court. Les Boks pensaient peut-être que ce séjour à Toulouse se résumerait à flâner entre le Palais Niel et le jardin des plantes de la Ville Rose. Ce soir, la nuit toulousaine panse leurs plaies. Les Français ont cogné plus fort. Et ici, si tu cognes, tu gagnes...